Lettre d’informations de la délégation française du groupe S&D N°208

Le Parlement Européen vient d’adopter ses orientations budgétaires de long-terme : un texte ambitieux qui fera date !

Par Jean-Marc GERMAIN

Mercredi, le Parlement européen a adopté son texte d’orientation développant sa vision du futur cadre financier pluriannuel. Ce moment fera date.  

Sous l’impulsion de notre délégation et du groupe Socialiste & Démocrate, la majorité pro-européenne s’est mise d’accord sur des choix budgétaires puissants pour l’avenir de la construction européenne. 

Face aux nouveaux défis qui secouent notre continent, et alors même que l’Europe doit rembourser la dette COVID tout en préservant les programmes actuels, une nouvelle ambition budgétaire européenne est nécessaire. 

Par son vote, le Parlement européen est au rendez-vous de cette nouvelle ambition : notre résolution appelle à briser le plafond de verre des 1% du PIB qui musèle les ambitions européennes faute de moyens financiers. Elle appelle à de nouvelles ressources propres affectées au budget européen. Et elle considère l’emprunt européen comme option viable pour faire face aux crises de dimension européenne.   

Nous y exigeons une prise de distance avec l’obsession monomaniaque d’une vision libérale de la compétitivité. Nous appelons à une conception beaucoup plus large de la performance économique, d’abord sociale, territoriale et environnementale, préférant la coopération à la compétition et le sens du temps long à la tyrannie de l’immédiat. 

La résolution du Parlement est une victoire sur tous ceux qui souhaitent l’abandon du Green Deal : elle réaffirme l’impérieuse nécessité de lutter contre le réchauffement climatique, de protéger la biodiversité et de promouvoir la renaturation.  

Elle refuse également le funeste projet de conditionner les fonds européens à des réformes nationales imposées par Bruxelles. L’approche « argent contre réforme » ne ferait qu’abîmer l’idée même d’Europe. Les fonds de cohésion constituent notre principal levier pour réduire les inégalités et lutter contre la pauvreté et de l’exclusion sociale. Ils réduisent les disparités de développement entre territoires et arriment à l’Europe les régions les plus isolées en commençant par les régions ultrapériphériques. A l’opposition des velléités de renationalisation de la Commission, nous ne soutiendrons pas une politique de cohésion qui ne serait ni conçue ni mise en œuvre avec les villes et les régions. 

La balle est maintenant dans le camp de l’exécutif européen, qui devra soumettre une proposition de budget chiffrée aux chefs d’État et de gouvernement ainsi qu’au Parlement européen. Dans cette procédure, les prérogatives du Parlement sont limitées, mais néanmoins fortes ; si nous n’avons pas la possibilité d’amender le texte, l’adoption du budget exige le consentement de plus de la moitié des parlementaires.  

De surcroît que les groupes d’extrême droite ne votent jamais les budgets, cela confère à nous, les socialistes, bien que nous ne soyons pas majoritaires, un pouvoir de véto, et ce pouvoir de véto, nous entendons en faire pleinement usage.  

Le débat qui a précédé le vote de la résolution a été aussi l’occasion pour moi de fixer les lignes rouges qui seront celles des Socialistes & Démocrates dans la poursuite des discussions menant à l’adoption du nouveau cadre financier pluriannuel post-2027. 

Dans cette perspective, j’ai dit clairement au commissaire chargé des budgets, Piotr Serafin, que nous ne donnerons pas notre consentement à un budget qui trahirait les principes fondamentaux que nous défendons. 

Nous ne donnerons pas notre consentement à un budget qui empêcherait la constitution d’une défense européenne suffisamment puissante pour ne plus dépendre de celle des Etats-Unis. 

Nous ne donnerons pas notre consentement à un budget qui tournerait le dos aux investissements nécessaires à la décarbonation, qui sont la clef de la réussite du Green deal sans casse sociale. 

Nous ne donnerons pas notre consentement à un budget qui sacrifierait le social et la cohésion, ou qui ne protègerait pas suffisamment l’agriculture et les emplois européens, faute de moyens pour la recherche, l’innovation et les entreprises. 

La politique exige le dialogue, et nous serons au rendez-vous. Mais elle demande aussi la clarté et la fermeté dans la défense de nos valeurs, de nos convictions et de nos priorités.  

La défense européenne, qui est devenue une impérieuse nécessité avec le désengagement américain.  

La préservation de la planète, qui est un devoir vis-à-vis des générations futures.  

Le progrès humain et la justice sociale, qui sont notre ADN.