Cette semaine à Strasbourg, le Parlement européen votera deux textes majeurs pour l’avenir de l’industrie sidérurgique européenne : les mesures de protection contre les surcapacités mondiales de l’acier et la réforme du Fonds de recherche du charbon et de l’acier.
Ces deux votes dessinent un même choix politique : celui d’une Europe qui cesse d’être naïve face à la mondialisation dérégulée, qui décide enfin de défendre sa souveraineté industrielle et qui fait de la transition écologique un levier de sa réindustrialisation.
Depuis des années, l’acier européen subit une concurrence déloyale massive. Pendant que certaines puissances – à commencer par la Chine – subventionnent massivement leur industrie et exportent leurs surcapacités à prix cassés, l’Europe a trop souvent regardé ailleurs. Résultat : fermetures de sites, emplois détruits, territoires fragilisés et dépendances stratégiques croissantes. Le texte qui sera voté en plénière ouvre un changement de paradigme, en introduisant de nouvelles mesures de sauvegarde nettement renforcées et sans limitation de durée. Il sort ainsi de la logique du dispositif temporaire pour assumer une régulation structurelle du marché européen de l’acier.
Est prévue notamment une division par deux des quotas d’importation d’acier à tarif réduit et un doublement des droits de douane sur les volumes hors quotas. Les négociations en trilogue ont également permis d’obtenir des avancées importantes sur la traçabilité de l’acier importé ainsi qu’une clause de révision destinée à renforcer la capacité de réaction européenne face aux pratiques de dumping.
Pour notre Union, ces nouvelles mesures de sauvegarde marquent la fin de l’innocence en matière de libre-échange et l’affirmation d’une exigence de juste échange. En attendant une nouvelle législation de défense contre les surcapacités chinoises, et une loi de préférence européenne à la hauteur des enjeux, ce texte est un premier jalon permettant de garantir notre souveraineté dans un secteur stratégique, de protéger nos travailleurs et nos savoir-faire, et de donner à notre industrie les marges de manœuvre pour investir et devenir un leader de l’acier décarboné.
Car aussi essentielles qu’elles puissent être, ces mesures de sauvegarde ne suffiront pas à elles seules. Pour protéger notre industrie, il nous faut aussi investir dans l’avenir. Cet investissement constitue un soutien essentiel pour nos travailleurs et nos territoires, comme à Dunkerque et Fos-sur-Mer. Et il est indispensable pour tenir nos engagements climatiques.
C’est tout l’enjeu du vote sur le Fonds de recherche du charbon et de l’acier, seul instrument européen spécifiquement consacré à la recherche pour la sidérurgie. Ce fonds doit permettre d’accompagner l’innovation et la décarbonation de l’acier européen.
Le défi est immense : produire un acier propre européen et à prix abordable, grâce à des travailleurs exerçant des emplois de qualité, dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée et de transition climatique accélérée.
Dans notre programme « Réveiller l’Europe », nous défendions précisément cette ligne : une Europe puissance capable de protéger ses travailleurs, d’investir dans son industrie et d’assumer une véritable stratégie industrielle européenne.
Il faut le marteler sans cesse : il n’y aura pas de transition écologique sans industrie. Il n’y aura pas d’autonomie stratégique sans acier européen. Et il n’y aura pas d’Europe puissance si nous continuons de dépendre des productions étrangères pour construire nos infrastructures, nos transports, nos énergies renouvelables ou notre défense. Nous voulons aussi continuer ce combat pour le reste de l’industrie de la métallurgie, notamment le cuivre. Des entreprises comme HME dans l’Orne illustrent parfaitement cette excellence industrielle française qu’il nous faut protéger. Pendant que les États-Unis et la Chine assument pleinement leurs politiques industrielles, l’Union européenne doit comprendre qu’être ouverte au monde ne signifie pas être désarmée face au monde.
Le Parlement européen a donc l’occasion d’envoyer un double signal pendant cette plénière : protéger aujourd’hui l’acier européen contre le dumping mondial, et préparer demain l’acier propre, innovant et souverain dont notre continent a besoin. L’heure n’est plus aux discours sur la souveraineté européenne. L’heure est enfin aux actes, au réveil de l’Europe !
